
La BNS met en garde contre les risques que de grands stablecoins pourraient faire peser sur le système monétaire. En Suisse, six banques, SIX, TWINT et Swiss Stablecoin testent actuellement le CHFD, un jeton indexé sur le CHF. Pour la banque centrale, le risque dépend surtout des réserves du jeton, de sa réglementation et de son lien avec le système bancaire. Pour l’instant, le CHFD circule seulement dans une sandbox fermée. Le public n’y a pas accès et ses partenaires n’ont annoncé aucun lancement.
En résumé
- La BNS ne s’oppose pas aux stablecoins. Elle s’inquiète surtout de ceux qui deviendraient très utilisés sans lien direct avec les banques.
- Si une part importante des dépôts passait dans ces jetons, les banques pourraient financer moins de crédits et les taux de la BNS auraient moins d’effet sur l’économie.
- Six banques testent le CHFD jusqu’à fin 2026. Chaque jeton est couvert par une réserve de CHF 1 en liquidités, sans garantie de la BNS.
- Le public ne peut pas acheter de CHFD. Les partenaires n’ont annoncé ni lancement commercial ni utilisation avec TWINT.
Ce qui inquiète la BNS dans un stablecoin
Tous les stablecoins ne présentent pas les mêmes risques pour la BNS. Elle vérifie surtout deux points : ce qui garantit leur valeur et la facilité avec laquelle on peut récupérer la somme correspondante en CHF.
Prenons un paiement bancaire classique. Lorsqu’une personne envoie de l’argent de son compte UBS vers un compte à la BCV, les deux banques règlent cette somme entre elles par l’intermédiaire de leurs comptes à la BNS. Comme elles passent toutes les deux par la banque centrale, CHF 1 déposé chez UBS vaut exactement CHF 1 à la BCV.
Avec un stablecoin, cette égalité n’est pas automatique. Elle dépend de l’entreprise qui émet le jeton. Pour maintenir sa valeur, cette société doit conserver assez d’argent et pouvoir rembourser les jetons. Si les réserves manquent ou ne peuvent pas être revendues rapidement, le stablecoin peut perdre sa parité. Un jeton censé valoir CHF 1 pourrait alors s’échanger à CHF 0.98 ou CHF 0.95.
La BNS se montre ouverte aux stablecoins qui sont directement reliés aux banques et peuvent être échangés facilement contre de l’argent sur un compte. Elle s’inquiète surtout d’un grand stablecoin qui circulerait dans son propre réseau et dont les réserves seraient investies dans des placements financiers au lieu d’être conservées en CHF. Plus ce circuit séparé prendrait de l’importance, plus il deviendrait difficile de garantir que ce jeton vaut toujours CHF 1.
Le CHFD est un test fermé, pas un nouveau franc numérique
Le CHFD circule depuis la fin du mois de juin, mais seulement entre les participants à l’expérimentation. Le test réunit UBS, PostFinance, Sygnum, Raiffeisen, la Banque Cantonale de Zurich, la BCV, SIX, TWINT et Swiss Stablecoin.
Pour créer des CHFD, une banque verse d’abord un montant en CHF à CHFD Infrastruktur SA, la société qui gère le jeton. Celle-ci crée ensuite le même montant en CHFD. Lorsqu’une banque restitue ses jetons, elle récupère la somme correspondante en CHF.
Pendant cette phase de test, chaque CHFD est couvert par une réserve de CHF 1 conservée sous forme de liquidités auprès d’une banque suisse réglementée. Cet argent est séparé de celui que la société utilise pour son fonctionnement. La société maintient volontairement le volume total sous CHF 1 million. Sous ce seuil, la loi suisse permet de tester le service sans demander une autorisation pour exercer comme banque. Ce cadre de test porte le nom de « sandbox ». CHFD Infrastruktur SA est responsable des remboursements. La loi n’impose pas qu’une banque paie à sa place si elle ne peut plus le faire.
Les CHFD ne peuvent pas être envoyés librement à n’importe qui. Seuls les portefeuilles enregistrés sur la plateforme peuvent recevoir ou transférer les jetons. Chaque banque doit identifier ses clients avant d’autoriser leur portefeuille.
Les participants veulent vérifier si le CHFD peut servir à :
- automatiser des paiements entre établissements financiers ;
- payer des actifs numériques au moment exact où ils changent de propriétaire ;
- déclencher un paiement seulement lorsque les conditions prévues sont remplies ;
- limiter certaines fraudes sur les places de marché ou lors de la revente de billets ;
- verser des fonds publics en imposant à l’avance la manière dont ils pourront être utilisés.
Le test doit se poursuivre jusqu’à la fin de 2026. Ses participants publieront ensuite un premier bilan. Ils n’ont pris aucune décision concernant un lancement commercial.
Le CHFD n’offre pas les garanties d’un compte bancaire en CHF
L’expression « stablecoin en CHF » ne signifie pas que la BNS garantit chaque jeton. Elle indique seulement que l’émetteur cherche à maintenir la valeur du jeton à CHF 1.
Un billet de CHF 100 est émis directement par la BNS. Sur un compte bancaire, CHF 100 représente une somme que la banque doit à son client. Si la banque fait faillite, les dépôts couverts bénéficient de la garantie suisse jusqu’à CHF 100’000 par client et par banque.
Un CHFD est différent. Il est émis par CHFD Infrastruktur SA et couvert par l’argent que cette société conserve auprès d’une banque. Pendant le test, les banques peuvent rendre leurs CHFD à la société et récupérer le même montant en CHF. Ce remboursement dépend de l’argent mis de côté par l’émetteur. La BNS n’intervient pas.
Le système retenu pour le test offre plusieurs protections : les réserves sont entièrement constituées de liquidités en CHF, elles sont séparées des dépenses de la société et les banques participantes peuvent demander le remboursement de leurs jetons. Ces protections valent pour une expérimentation limitée à moins de CHF 1 million. Elles ne permettent pas encore de savoir comment le système réagirait face à un grand nombre de demandes de remboursement simultanées.
CHFD Infrastruktur SA est affiliée au VQF, un organisme d’autorégulation reconnu par la FINMA. La société doit à ce titre respecter les règles contre le blanchiment d’argent. Cette affiliation ne signifie pas que la FINMA ou la BNS garantit la valeur du CHFD.
La BNS n’a d’ailleurs pas pris position sur ce projet précis dans sa présentation du 30 septembre. Son avertissement porte sur les stablecoins en général et sur les risques qui apparaîtraient si l’un d’eux prenait une place importante.
Pourquoi un grand stablecoin pourrait compliquer le financement des crédits
Le problème changerait d’échelle si les ménages et les entreprises transféraient une part importante de l’argent de leurs comptes vers des stablecoins. Les banques utilisent en partie les sommes déposées par leurs clients pour financer les crédits. Si ces dépôts diminuent fortement, elles doivent trouver de l’argent ailleurs à un coût parfois plus élevé ou accorder moins de prêts.
La BNS pourrait aussi avoir plus de mal à agir sur les taux payés par les ménages et les entreprises. Lorsqu’elle augmente ou baisse son taux directeur, les banques adaptent progressivement les intérêts versés sur l’épargne et ceux facturés sur les crédits. Une décision de la BNS finit de cette manière par modifier le coût d’un prêt hypothécaire ou le rendement d’un compte d’épargne.
Si une part importante de l’argent circule en dehors des banques, ce chemin devient moins direct. Les décisions de la BNS pourraient alors avoir moins d’effet sur les crédits et sur l’économie suisse.
Ce risque est hypothétique. Les stablecoins occupent encore une place limitée en Suisse et la BNS ne les considère pas comme une menace pour la stabilité financière à ce stade. Son avertissement concerne ce qui pourrait arriver si un stablecoin devenait très utilisé sans conserver un lien suffisant avec les banques.
Pour le public, le CHFD ne change encore rien
Le CHFD n’est pas un nouveau moyen de paiement disponible dans les magasins ou entre particuliers. Le public ne peut pas en acheter et TWINT n’a annoncé aucune fonction permettant de l’utiliser. TWINT et SIX apportent leur expertise au test. Leur présence ne signifie pas qu’un nouveau service va être lancé.
Le bilan attendu après la fin de 2026 devra d’abord montrer si le CHFD apporte un avantage réel par rapport aux paiements actuels. Si un produit destiné au public voit ensuite le jour, il faudra vérifier quatre points :
- où l’argent qui couvre les jetons est conservé ;
- si chaque utilisateur peut récupérer rapidement son argent en CHF ;
- quelles règles et quelles protections s’appliquent à l’émetteur ;
- ce qui se passe si celui-ci fait faillite ou si beaucoup d’utilisateurs demandent leur argent en même temps.
Les résultats devront montrer que la technologie fonctionne et qu’elle apporte quelque chose d’utile. Si le CHFD était un jour proposé au public, une autre question deviendrait décisive : pourrait-on toujours récupérer CHF 1 pour chaque jeton ? C’est ce type de risque que la BNS veut éviter avant qu’un stablecoin prenne une place importante.
À lire aussi
Moyens de paiement : quels sont les plus adaptés à la Suisse en 2026 ?
Paiements instantanés en Suisse : rapides, sécurisés et disponibles 24/7
Utiliseriez-vous le CHFD s’il devenait accessible au public ?
Vous utilisez déjà des cryptomonnaies ou vous attendez surtout de comprendre les garanties d’un stablecoin en CHF ?
- Utiliseriez-vous le CHFD pour payer ou seulement pour transférer de l’argent ?
- La couverture de chaque jeton par une réserve de CHF 1 suffirait-elle à vous rassurer ?
- Attendriez-vous une garantie comparable à celle d’un compte bancaire avant de l’utiliser ?
- Une intégration dans TWINT changerait-elle votre intérêt pour le CHFD ?
Votre avis peut aider les autres lecteurs à mieux mesurer ce qu’un stablecoin en CHF devrait garantir avant d’être proposé au public.
