
[Entretien réalisé le 12 mars 2026]
L’inflation, les taux d’intérêt, les risques de bulles et les tensions géopolitiques continuent de peser sur les marchés. Dans ce contexte incertain, les investisseurs privés doivent plus que jamais adopter une approche cohérente, structurée et disciplinée.
Dans cet entretien, Victor Cianni, Chief Investment Officer chez Alpian, partage sa lecture des marchés pour 2026, les thèmes clés à suivre ainsi que les principes d’allocation à privilégier. Il explique également en quoi la gestion discrétionnaire, combinée à une approche intégrant la prévoyance, peut apporter davantage de clarté et de rigueur dans un environnement devenu particulièrement complexe.
Comment décririez-vous l’environnement de marché au début de l’année 2026 ?
Si je devais résumer la situation en un mot, ce serait « mouvementée ». Ces derniers mois, une nervosité croissante était déjà perceptible chez les investisseurs, avec des marchés évoluant globalement sans direction claire. Le déclenchement du conflit impliquant l’Iran a clairement ajouté une nouvelle source de tension.
Les marchés doivent désormais réagir à des événements qui dépassent largement les seuls fondamentaux économiques. La géopolitique s’est imposée comme un facteur central, ce qui alimente naturellement la volatilité.
Cela dit, cette turbulence fait partie intégrante de l’investissement. Elle est inconfortable, mais utile. C’est précisément dans ces phases que l’on teste la solidité et la résilience des portefeuilles.
Quels sont les grands thèmes qui structureront les marchés cette année ?
La situation au Moyen-Orient devrait continuer à peser sur les marchés encore un certain temps. L’histoire montre que les marchés finissent par regarder au-delà des conflits, même si le coût humain, lui, s’inscrit dans la durée. Mais il est encore bien trop tôt pour considérer que cet ajustement est terminé.
L’Iran occupe un point névralgique sur le plan géopolitique et les tensions dans la région peuvent rapidement s’étendre, avec des répercussions économiques plus larges.
À cela s’ajoutent les grandes questions qui ont marqué 2025, recomposition de l’ordre mondial, inflation, soutenabilité du boom de l’IA et qui resteront au cœur des préoccupations en 2026. Sans oublier les inconnues, qui font partie intégrante de l’équation.
Dans un tel environnement, rester discipliné est essentiel. En attendant un contexte plus stable, notre rôle reste inchangé. Construire des portefeuilles suffisamment solides pour traverser ces périodes.
Quels types d’actifs pourraient bien performer ? Et quels pièges éviter ?
Dans un environnement plus incertain, il nous paraît plus essentiel de bien construire le cœur du portefeuille que de multiplier les ajustements tactiques. C’est avant tout une question de discipline.
Chez Alpian, nous croyons depuis longtemps à la diversification internationale. L’année écoulée l’a rappelé. En période de tensions géopolitiques, il est souvent pertinent de sortir des zones géographiques habituelles qui dominent les portefeuilles.
À nos yeux, investir ne consiste pas à deviner quel actif surperformera demain, mais à bâtir un ensemble équilibré, capable de tenir dans différents scénarios, puis à savoir agir lorsque les marchés offrent de véritables points d’entrée.
Le principal piège reste pourtant ailleurs. La gestion de ses propres émotions. C’est probablement la moitié du travail. Et dans l’environnement actuel, elles seront inévitablement mises à l’épreuve.
Dans ce contexte, comment construisez-vous les mandats discrétionnaires d’Alpian pour 2026 ?
En résumé, si les conditions de marché évoluent d’une année à l’autre, les moteurs fondamentaux de la croissance restent, eux, inchangés. Les bases sur lesquelles nous construisons nos portefeuilles pour 2026 s’inscrivent donc dans la continuité de 2025. Diversification globale, allocation disciplinée plutôt que recherche de timing et alignement avec le profil de chaque investisseur.
Bien entendu, nous ajustons la voilure au fil de l’évolution des conditions. Nous avons par exemple abordé 2026 avec un positionnement volontairement conservateur, qui s’est révélé approprié. Et lorsque la volatilité crée des opportunités, nous cherchons à les saisir de manière sélective.
C’est l’approche que nous défendons chez Alpian. Des portefeuilles fondés sur des principes durables, conçus pour délivrer de la performance dans le temps et pilotés activement pour s’adapter à un environnement en constante évolution.
Votre approche est présentée comme un équilibre entre conseil humain et technologie. Concrètement, que signifie ce modèle hybride pour les clients ?
Concrètement, la technologie élimine les frictions, tandis que l’humain apporte le jugement.
Lorsqu’un client ouvre l’application, il accède en temps réel à la performance de son portefeuille, peut ajuster son profil de risque, suivre les frais en toute transparence et contacter directement un conseiller agréé. En revanche, lorsque les marchés évoluent et qu’il faut en comprendre les implications pour une situation spécifique, cela relève de l’échange. C’est là que nos conseillers interviennent. Notre objectif n’est pas de remplacer cette relation, mais d’éliminer tout ce qui peut la rendre lente ou opaque.
Le résultat est une expérience client haut de gamme, sans être inaccessible. Nous nous situons à mi-chemin entre la banque privée suisse traditionnelle, souvent exclusive au point d’en devenir excluante et les solutions entièrement autonomes, efficaces mais parfois solitaires
Quels profils d’investisseurs choisissent aujourd’hui les mandats Alpian ? Y a-t-il eu une évolution par rapport aux années précédentes ?
Nous accompagnons un large éventail d’investisseurs, avec des solutions accessibles dès CHF 2’000. L’adoption est toutefois la plus forte chez les 30–50 ans disposant de CHF 100’000 à CHF 2 millions d’actifs.
Notre approche séduit des profils ayant déjà constitué une épargne significative et recherchant à la fois un accompagnement professionnel et une expérience digitale fluide.
Ce qui a surtout évolué, c’est la profondeur de l’engagement. Les clients venaient initialement pour la simplicité digitale ; ils viennent désormais pour la performance. De bons résultats se traduisent par des clients qui arrivent avec davantage d’actifs, plus de questions et des objectifs plus clairs.
Nous constatons également un intérêt croissant de la part de clients plus fortunés, pour lesquels l’accès à un conseiller dédié devient une attente naturelle, et pour lesquels la valeur de notre service continue de se renforcer.
Alpian a lancé une offre de pilier 3a en 2025. Comment l’intégrez-vous concrètement dans une stratégie patrimoniale globale ?
L’intégration du pilier 3a ne relève pas d’un simple lancement de produit, mais d’une démarche réfléchie vers une approche globale de la gestion de patrimoine.
Historiquement, les clients suisses ont géré leur pilier 3a de manière séparée, souvent via un compte peu rémunéré auprès de leur banque principale, sans véritable réflexion sur son articulation avec le reste de leur patrimoine. À nos yeux, c’est une opportunité manquée.
Notre appartenance au groupe Intesa Sanpaolo nous donne accès à des ressources dont la plupart des banques digitales ne disposent pas. Cela nous a permis d’intégrer la gamme de fonds BlackRock et de lancer un produit 3a exclusif, en partenariat avec Lemania Pension et sa fondation, décliné en huit stratégies, de l’exposition suisse à des allocations globales.
Chez Alpian, le pilier 3a s’intègre pleinement à votre portefeuille d’investissement et à votre compte de dépenses. Nous vous accompagnons dans une réflexion globale sur l’allocation d’actifs et non par silos.
Enfin, avec les versements récurrents désormais disponibles dans l’application, l’expérience devient véritablement fluide. Vous paramétrez une fois, puis tout se fait automatiquement, avec un suivi centralisé.
Sur les 3 à 5 prochaines années, comment voyez-vous évoluer l’investissement digital en Suisse et quel rôle Alpian entend-il jouer ?
Le paysage de l’investissement digital en Suisse progresse, mais reste en retrait par rapport aux standards internationaux en matière d’innovation financière. Dans le même temps, les attentes des clients ont évolué. Les investisseurs sont mieux informés, recherchent davantage de contrôle et attendent des outils plus modernes, notamment à mesure que l’IA transforme la relation aux services financiers.
Pourtant, la plupart des plateformes continuent d’imposer un choix binaire entre gestion autonome et gestion entièrement déléguée, laissant peu de place à un accompagnement réellement pertinent.
Chez Alpian, nous pensons que l’avenir est hybride. Une vision globale de vos finances, appuyée par le bon niveau de conseil, au bon moment et délivrée de la bonne manière. C’est précisément le positionnement que nous cherchons à incarner.
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite investir sérieusement en 2026, mais qui hésite encore ?
Si vous souhaitez investir sérieusement mais que vous hésitez encore, la première étape consiste à comprendre pourquoi. Dans la majorité des cas, il n’y a que trois raisons.
La première est simple et parfaitement légitime. Vous n’êtes pas certain de pouvoir vous permettre de perdre de l’argent. C’est une préoccupation saine. Investir ne doit jamais se faire au détriment de votre stabilité financière. Commencez par faire le point sur votre budget et votre situation globale. La confiance en investissement vient avant tout du fait de savoir que le reste de votre vie financière est solide.
Si vous avez la capacité d’investir mais que l’hésitation persiste, il s’agit souvent d’un manque de conviction. Vous devez investir parce que cela s’inscrit dans une stratégie financière cohérente et que vous en comprenez les bénéfices. Constituer un patrimoine dans la durée, préserver votre pouvoir d’achat et non parce qu’un ami vous a dit que c’était intéressant ou parce que tout le monde semble le faire.
Enfin, si vous pouvez investir et que vous êtes convaincu que cela fait sens, la dernière raison est généralement liée au contexte. Les marchés paraissent incertains, les actualités sont anxiogènes. Cet inconfort est réel, mais il est aussi permanent. L’incertitude ne disparaît jamais. Ce qu’il faut garder en tête, c’est que les rendements existent précisément parce que le risque existe.
À propos de Victor Cianni
Victor Cianni est Head of Investments chez Alpian depuis 2021, où il dirige la stratégie d’investissement de la banque privée digitale. Avant de rejoindre Alpian, il a occupé plusieurs fonctions de direction au sein d’équipes d’investissement chez CA Indosuez, Lombard Odier et Citi Private Bank. Il est diplômé de l’Institut National des Sciences Appliquées de Lyon.